Née en 1935 à Rio de Janeiro (Brésil). Décédée en 2022

Biographie

Née à Rio de Janeiro, Sonia Andrade réalise ses premiers travaux en 1974, en s'appropriant en autodidacte le médium vidéo. Pendant les années 1970, marquées par la censure la plus sévère sous la dictature militaire au Brésil, une jeune génération d'artistes, parmi lesquels Fernando Cocchiarale, Anna Bella Geiger, Ivens Machado et Leticia Parente, abat une production intense où l'expression individuelle, privée de mots, passe dans un langage corporel simple et direct. Des actions ouvertement dénonciatrices sont livrées, sans propos technique ou formel, au cadre serré de la caméra. Primeira Seria, première série de vidéos, tournée par Andrade à Rio et Sao Paolo (8 vidéos, 1974-1977), est l'une des créations majeures issues de ce moment. On y voit l'artiste s'enrouler le visage dans un fil de nylon jusqu'à la défiguration, attaquer au ciseau ses pilosités, planter des clous entre ses doigts, tenter de se déplacer avec les membres et la tête enfermés dans des cages d'oiseaux… A ce langage où le corps de l'artiste est protagoniste, Andrade joint une critique de la télévision comme un outil de conditionnement, écho à l'autorité du régime politique (par exemple, dans Sans titre (Haricots), 1975). Sa deuxième série de vidéos, A Morte do Horror (7 vidéos, 1981), réalisée à Paris où elle s'installe en 1978, file ce sujet avec ironie, en faisant du poste de télévision, répété à l'infini, une boîte à tortures : meurtre de poissons rouges, jeux d'armes simulés par des jouets.


Le sens de l'absurde et du désœuvrement mis en images par le cinéma de la Nouvelle Vague trouve un écho dans ces pièces courtes mais scénarisées, tendues entre l'horreur et le comique. Intervalo, enfin, vidéo unique tournée à Zurich en 1983, évacue symboliquement le tube cathodique pour ne retenir que le fil temporel du film, à travers la métaphore de bobines de cinéma dispersées dans un paysage. Ces trois séries de bandes vidéo, diffusées sur moniteur, constituent un corpus spécifique dans l'œuvre d'Andrade. Mais la vidéo a partie liée, chez elle, avec une réflexion plus large sur l'image, employant les nouveaux médias autant que le dessin et les images trouvées. En 1977, Andrade répond à l'invitation de la Biennale de Sao Paolo par la création d'un réseau : Os Caminhos, Os Habitantes, O Espetáculo e A Obra, installation issue d'un dialogue, par cartes postales interposées, entre l'artiste, les habitants de la ville et les organisateurs de la Biennale. Dans Hydragrammes (1978-1993), installation d'objets trouvés auxquels elle associe un mot et leur représentation photographique, c'est une topographie imaginative qu'elle propose, ouvrant un champ de relations sémantiques changeantes. L'image vidéo elle-même intervient dans un grand nombre d'installations, réalisées en galerie et/ou en extérieur, qui, de même, questionnent la continuité entre langage et perception, suscitant chez le spectateur des associations à la fois critiques et poétiques. D'une culture à l'autre, du présent aux formes refoulées de la mémoire, de l'éblouissement produit par la technologie à la permanence énigmatique de la lumière, telle qu'elle fait retour dans des matières organiques, issues d'invisibles profondeurs : quartz et cristal, qui sont les supports et les cadres de projection de ses œuvres les plus récentes.




Marcella Lista, 2023