Nationalité cubaine et américaine
Née en 1948 à La Havane (Cuba)
Biographie
Bibliographie
Liste expositions

Biographie

Ana Mendieta est née le 18 Novembre 1948 à La Havane. Dès son plus jeune âge, elle éprouve un grand intérêt pour les éléments de la nature, passant son temps entre la capitale de Cuba et le bord de mer sauvage chez ses grands-parents. En 1960, les problèmes familiaux avec le gouvernement commencent avec le refus de son père Ignacio d’entrer dans le parti communiste. L’année suivante, la famille Mendieta décide d’envoyer leurs filles en sécurité aux Etats-Unis, alors qu’Ana et sa sœur ont commencé à s’investir dans des activités contre-révolutionnaires. C’est le début d’une longue séparation et d’une errance entre plusieurs familles d’accueil. En 1966, alors que le père est arrêté et emprisonné, le reste de la famille émigre à son tour et retrouve les deux sœurs aux Etats-Unis pour s’installer dans l’Iowa. Tout de suite inscrite à l’université d’état, Ana fait ses études, démarrant notamment un cours sur l’art primitif. Elle passe d’abord un diplôme en peinture, mais s’intéresse très vite à l’art conceptuel. En 1970, elle commence ses premières performances en participant à un séminaire de Robert Wilson sur les mouvements et la prise de conscience du corps. Elle obtient sa naturalisation américaine, ce qui lui permet d’entamer une série de voyages, notamment au Mexique, qu’elle vit comme un retour aux sources. Elle est d’ailleurs très marquée par l’œuvre et la personnalité de Frida Kahlo. L’année 1972 est une époque charnière dans son travail. Après son Master en peinture avec une série d’autoportraits, sur le thème de l’identité sexuelle, elle abandonne alors la peinture pour se consacrer exclusivement à la performance et aux matières naturelles. « Il fallait que j’aille à la source de la vie, à la mère nature. » Même si son travail n’innove pas dans les formes avant-gardistes de son époque, elle se les réapproprie pleinement questionnant le corps féminin et l’idée de la déesse, symbole de la création et la nature. Ses premières performances parlent explicitement des violences faites aux femmes, mises en scène de meurtres, de viols qu’elle incarne devant des étudiants et des photographes, soulignant le voyeurisme inhérent à un corps de femme nue.



En 1975, Lucy Lippard, qui intervient à l’université de l’IOwa, inclut Mendieta dans un article lui donnant ainsi sa première visibilité nationale. Sa série des Siluetas, l’acte de tracer le contour de son corps sur la terre, commencée l’année précédente, se diversifie avec de nouvelles matières comme la neige, la glace, la paille, la pierre. Documentées par la photographie, ses « siluetas » sont un acte artistique aussi bien que magique et politique. Cet acte d’appropriation d’un morceau de terre ritualise un lien de communion avec le monde. Après la déchirure de l’exil, elle entrevoit ce geste comme une réconciliation avec la nature, un lien entre sa nouvelle terre et sa terre d’origine. Elevée en tant que catholique, c’est au Mexique, que ses références religieuses et précolombiennes se mélangent, mettant en avant la notion de rituel. Très intéressée par la religion Santeria, une version catholicisée de la religion africaine yoruba, très importante à Cuba, dont la vision cosmique prêche une croyance très forte dans le monde des esprits de la nature, Mendieta voit la terre comme un corps vivant et veut faire un avec elle. Les matériaux employés dans ses œuvres sont choisis pour leur caractère magique. On peut voir dans l’utilisation du sang un lien direct avec les pratiques du culte Santéria, notamment dans la performance de 1972 Death of A Chicken (mort d’un poulet), où elle décapite l’oiseau et le tient par les pattes pendant que son sang gicle sur son corps nu. Alors que la notion de victime féminine hante les débuts de son travail, elle glisse alors vers une recherche de spiritualité et de lien avec la nature, par le lien avec des pratiques primitives. L’enclos de la galerie devient un espace religieux et sauvage, mais à la différence des activistes viennois ou art, la référence est tribale plus que catholique, renouant avec un passé du tiers-monde.

En 1978, elle quitte l’Iowa pour New York, s’intégrant encore plus dans la communauté artistique de la côte est, et devient membre de l’A.I.R Gallery, la galerie féministe de New York, où elle s’investit aussi théoriquement, organisant une première discussion sur les artistes femmes latino-américaines, puis une exposition sur l’isolement des femmes artistes du tiers-monde. C’est d’ailleurs ce thème qui va l’amener à rompre avec cette organisation quelques années plus tard. En 1979, lors d’une des multiples discussions à A.I.R, elle rencontre Carl André, qu’elle épousera à Rome en 1985. Un désir de retour aux sources l’amène à rencontrer la communauté cubaine expatriée, et en 1980 elle fait son premier voyage à Cuba, depuis son émigration en 1961, dont elle rapporte de la terre et du sable. Tiraillée entre ses deux cultures, elle fait quelques pièces à Cuba, mais aussi pour « little havana », le quartier cubain de Miami. Ce retour en arrière renforce son engouement pour l’art primitif, qu’elle se souvient avoir apprécié dès son plus jeune âge.

« Je ne suis pas intéressée par les qualités formelles de mes matériaux, mais plutôt leurs qualités émotionnelles et sensuelles. » On peut rapprocher sa démarche de plusieurs grands mouvements de l’époque, que ce soit le minimalisme, pour l’aspect sériel, l’antiforme, pour les matériaux organiques, le Land Art, pour l’inscription sur site. Mais si l’esprit de l’époque tendait à rompre avec l’institution et la galerie, Mendieta ne s’en préoccupe guère, utilisant dès le départ la photographie et le film pour attester et communiquer sur ses interventions éphémères. La volonté d’être une artiste femme latino-américaine reconnue est une motivation importante, d’autant que la scène féministe artistique est exclusivement blanche et de classe moyenne.



En 1983, elle obtient une résidence d’un an à l’académie américaine de Rome, où elle renoue avec une pratique d’atelier. Elle visite l’Europe avec Carl Andre en résidence à Berlin au même moment. Quelques mois après son mariage, le 8 septembre 1985 Ana meurt dans une chute du 34e étage de l’appartement qu’elle partage avec son mari. D’abord accusé de meurtre, Carl André sera acquitté quelques mois plus tard, sa mort étant dès lors considérée comme un suicide. Deux ans après sa mort, la première rétrospective d’Ana Mendieta a lieu au Nouveau Musée d’Art Contemporain de New York.



Patricia Maincent