Heidi, 1992

Bande vidéo 1 pouce NTSC numérisée
4/3 couleur, son, anglais
63 min


En 1992, Paul McCarthy et Mike Kelley sont invités pour une exposition d'artistes californiens en Autriche. Dans l'espace de la galerie Krinzinger, ils construisent d'un côté, un chalet typique de l'image folklorique autrichienne, et de l'autre, la façade de l'American Bar de Vienne, lieu de prédilection des expatriés. Dans ce décor, qui marque la rencontre des clichés culturels de la Californie et de l'Autriche, ils vont mettre en scène en 6 chapitres, les personnages de la célèbre série Heidi de Johanna Spyri, célèbre auteure suisse allemande du 19ème siècle. Heidi, est le prénom d'une jeune orpheline, qui vit de nombreuses aventures dans le décor idyllique des Alpes en compagnie de son ami Peter et de son grand-père.
Dans la version de Kelley et McCarthy, la jeune fille est entourée d'un grand-père pervers, et d'un jeune garçon attardé mental.
Les deux artistes portent des masques en silicone, de ceux qu'un utilise dans les films d'horreur. lls vont contribuer à la réinterprétation du récit dans des mises en scène cruelles et perverses. La scène d'ouverture marque d'emblée le détournement de l'innocence de ces histoires pour enfants, puisqu'à travers une fenêtre en forme de cœur du chalet, le pantin de l'héroïne blonde est violenté par un autre pantin. L'utilisation de poupées en silicone n'enlève rien à l'intensité des gestes, incarnant totalement l'idée de représentation, rendre sensible au moyen d'une figure. C'est probablement l'un des films les plus violents et pervers de Kelley et McCarthy, car l'innocence du départ rend la cruauté et la perversion d'autant plus troublante. Derrière la violence infligée à la naïve Heidi, on retrouve aussi l'univers tourmenté des contes ou de la mythologie, racontés aux enfants.
Le principe d'échanges culturels, prétexte de l'exposition, est la cible des deux artistes, non seulement par le détournement d'un livre pour enfants mais aussi dans l'emploi des clichés - les couvertures en crochet ou le chapeau tyrolien - qui sont utilisés ici  au milieu de scènes scatologiques. Ils cassent par là-même l'image aseptisée d'une certaine représentation folklorique de l'Autriche, de la même manière qu'ils maltraitent le concept " d'échange international ".


Patricia Maincent